
Le soleil venait à peine de se lever sur Thya, ce vendredi 5 décembre 2025, lorsque les premiers enfants ont envahi la cour de l’école. Certains portaient leurs crampons autour du cou, d’autres répétaient en chuchotant les chants qu’ils avaient préparés. Tous, sans exception, avaient les yeux brillants. On aurait dit qu’un grand événement allait se produire et c’était bien le cas.
Depuis plusieurs années, la Cheetah Conservation Initiative (CCI), soutenue par la Zoological Society of London et financée par la Fondation Howard G. Buffett, sillonne les communautés du complexe W-Arly-Pendjari pour transmettre un message simple mais vital : le guépard a besoin de nous. Cette fois, l’initiative avait choisi de parler aux enfants par un langage universel : le sport.
À Thya, la finale qui fait battre les cœurs
À Thya, la chaleur du matin n’a rien enlevé à l’excitation des élèves. Les matchs de la première phase étaient déjà entrés dans la mémoire collective, mais rien ne valait cette finale tant attendue : EPP Thya A contre EPP Thya B.
Les enfants se sont rassemblés autour du terrain improvisé, leurs rires se mêlant aux cris des supporters. Le conseiller pédagogique, témoin de la scène, hochait la tête avec satisfaction : « C’est plus qu’un tournoi, c’est une école de vie », glissa-t-il.
Lorsque le coup d’envoi retentit, un silence soudain, presque sacré, a envahi le public. Puis la partie s’est lancée, rapide, vive, joyeuse un peu à l’image du guépard que tous sont venus apprendre à protéger.

Et quand l’EPP Thya B a inscrit le but de la victoire, un tonnerre d’acclamations a éclaté. Les élèves ont célébré en dansant, offrant aux invités un spectacle spontané, sincère et lumineux. Le Directeur de Thya B, ému, a remercié la CCI : « Ce que vous faites ici, c’est planter une graine. Et elle va pousser. »

Atabénou, un village en fête pour la protection de la nature
Le lendemain, le voyage s’est poursuivi vers Atabénou, dans la commune de Banikoara. Là-bas, la fête avait commencé avant même que la délégation ne descende des véhicules. Tambours, chants, danses traditionnelles… Les enfants ont accueilli leurs visiteurs comme on accueille des héros.

À l’EPP Korogoné Igari, les discours se sont succédé, chacun apportant un fragment de conviction.

Le représentant des parents d’élèves, Sinagahoué Bio Jean, a parlé de l’importance d’éduquer les enfants « à aimer la terre avant d’en tirer profit ».

Aouga Fidèle, Directeur de l’EPP Korogoné Igari, a remercié la CCI et ses partenaires pour une initiative qui « donne au village la force de rêver ».

Fa H. Maurice, représentant le conseiller pédagogique, a insisté sur l’occasion unique de faire de ce tournoi un tremplin pour la conscience écologique.

Même la Fondation Korogoné a rappelé l’urgence de protéger les espèces menacées, dont le guépard, fierté du WAP.
Puis le temps des discours a laissé place au temps de l’effort. Sur le terrain poussiéreux de la localité, les enfants ont couru, sauté, joué… Les épreuves d’athlétisme ont révélé autant d’énergie que de détermination. Enfin, la grande finale de football a sacré l’EPP Korogoné Igari, dans une explosion de joie que seule l’enfance sait produire.

Des cadeaux, mais surtout un message

Les vainqueurs, tout comme les participants, ont reçu des médailles, des maillots, des sacs, des livres, des ballons, et même du matériel pour leurs salles de classe. Au total, la CCI a distribué cent tables-bancs, des manuels de mathématiques et de français, des fournitures scolaires et du matériel didactique.

Mais au-delà des objets, c’est un message que les enfants ont reçu : le guépard est à sauver, et cela commence avec eux.
Les encadreurs ont pris le temps d’expliquer comment les habitats se réduisent, comment les pièges tuent, comment la pression humaine menace ce félin unique. Beaucoup d’élèves n’avaient jamais vu de guépard, mais tous ont compris qu’il fait partie de leur héritage.
Courir pour le guépard, courir pour l’avenir

Au nom de la ZSL et de la CCI, Yèkini Chabi-N’Diaye a conclu ces deux journées avec une phrase que beaucoup retiendront :
« Si le guépard continue de courir dans nos parcs, c’est toute notre histoire qui continue de vivre. »
Lorsque le soleil s’est couché sur Atabénou, les chants des enfants résonnaient encore. Ils avaient couru, joué, dansé, écouté… Et sans s’en rendre compte, ils étaient devenus des ambassadeurs de la nature.
Dans les villages de Thya et d’Atabénou, on dira longtemps que ces 5 et 6 décembre 2025 furent les jours où les enfants ont couru pour un animal qu’ils n’avaient peut-être jamais vu… mais qu’ils ont appris à aimer.


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