Le 27 novembre 2025, la Conférence scientifique internationale sur la mangue du Bénin (CSIM-BÉNIN 2025) a franchi hier une étape capitale. Après avoir dressé un diagnostic alarmant lors de la première journée, les travaux se sont concentrés sur la riposte. Face à la double menace des ravageurs et du changement climatique, les experts ont livré une feuille de route sans concession : la survie de la filière dépend d’une triple révolution : scientifique, numérique et financière.

Mobilisation Générale Contre la Mouche des Fruits
La science est désormais l’arme principale. Le Dr Yann MADODE, président du sous-comité scientifique, a clairement défini la mission : « Nous allons nous étendre sur la contribution de la recherche… pour que rayonne la mangue béninoise et son interprofession à naître ».L’urgence a été soulignée par le Professeur Antonio SINZOGAN (expert R4D-SYRIMAO), dont la conférence a ciblé le fléau des mouches des fruits transfrontalières. Ces ravageurs sont la première cause de l’inaptitude à l’exportation.Les solutions exigent une coordination régionale immédiate :
– Le Piégeage de Masse : Déploiement à grande échelle de méthodes de capture pour réduire drastiquement les populations de mouches.
-Les Alternatives Chimiques : Introduction d’une huile homologuée qui a fait ses preuves en Côte d’Ivoire, offrant une solution technique rapide.
-L’Alliance Régionale : Seule une mutualisation des systèmes de recherche permettra de contenir efficacement un problème qui, par nature, ignore les frontières.

L’Incontournable révolution numérique face au climat
Les effets du changement climatique ne sont plus une menace lointaine, mais une réalité qui se chiffre en pertes économiques. La Professeure Martine TACHIN (UNA/EHAEV) a révélé des chiffres sidérants : les maladies exacerbées par les variations extrêmes de températures et de pluies entraînent des pertes allant de 30 à 60 % de la production.Le constat est sévère : les données phytosanitaires ne sont pas centralisées, et les fiches techniques d’exportation sont quasi inexistantes. « La digitalisation n’est plus un choix, mais une urgence. » Professeure Martine TACHIN. L’experte préconise le déploiement immédiat de la télédétection (drones et satellites) pour une surveillance prédictive des vergers. Ces outils numériques sont la clé pour fournir une alerte rapide et coordonnée, protégeant ainsi l’investissement des producteurs.
La vision Internationale : transformer, certifier, financer

Le panel international a servi de catalyseur, offrant des modèles de succès et d’échec.L’Aspiration à la Haute Valeur Ajoutée (Corée du Sud)M. Lee SUNG YUB (Harmony Live) a exposé l’expérience coréenne, où des filières traditionnelles comme le Ginseng sont passées du produit brut aux cosmétiques et produits haut de gamme.Son message : avec 500 variétés de mangues dans le monde, le potentiel de transformation totale (pulpe, peau, noyau) est immense et doit être exploité par le Bénin pour monter en gamme.Les Leçons de la Certification (Burkina Faso et Blue Skies)Le Burkina Faso, premier producteur de mangues séchées de la sous-région, a rappelé, via M. Soumaila OUATARA, qu’aucun modèle n’est universel, mais que la qualité est la condition sine qua non.Ce point a été corroboré par M. Lalè Medrid (Blue Skies) et Mme Tatiana COJOCARUS (TGS France), qui ont martelé les exigences des marchés : tolérance zéro sur les traitements et respect strict des protocoles. La certification est « le moteur de la compétitivité », et l’interprofession l’outil indispensable pour garantir la qualité.
Le financement participatif : La nouvelle clé de voûte

Derrière la science et la technologie, la réalité du terrain reste le financement. Pacôme SENOU a rappelé que l’accès aux intrants essentiels (phéromones, bio-stimulants) est entravé par le coût.Le dernier panel stratégique a été le plus direct : « Nous ne sommes pas encore capables de financer la production. » Face à cette limite structurelle, la solution n’est pas uniquement institutionnelle :
-Les experts appellent à l’adoption de mécanismes financiers alternatifs.
-Le financement participatif (crowdfunding) est désormais désigné comme une source incontournable pour soutenir concrètement les chaînes de valeur agricole et rendre les outils de production accessibles aux producteurs.

La deuxième journée de la CSIM-BÉNIN 2025 a été une véritable session de stratégie. En identifiant les leviers de l’économie circulaire, en exigeant la digitalisation des vergers et en ouvrant la voie à de nouveaux mécanismes financiers, le Bénin se dote d’un plan d’attaque pour sortir du diagnostic. La mangue béninoise a maintenant une feuille de route claire pour devenir un produit phare de l’économie, à condition que la volonté politique se traduise rapidement par des investissements massifs dans la science et la technologie.Quel aspect de cette stratégie de transformation (par exemple, le financement participatif ou la valorisation des déchets de mangue).
François ADJEVI

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